Edith Cavell

Article 5500 du CODEX : Edith Cavell

 

Parce qu’elle sauva aussi bien des soldats alliés que des soldats allemands, l’histoire de l’infirmière anglaise Edith Cavell a un écho particulier. En 1907, elle fut recrutée pour être infirmière en chef à l’École Belge d’Infirmières Diplômées de Bruxelles. Dès 1911, elle formait les infirmières de trois hôpitaux et de vingt-quatre écoles belges.

En novembre 1914, quand les allemands occupèrent Bruxelles, Cavell commença à héberger des soldats britanniques et à les faire sortir de la Belgique occupée pour rejoindre les Pays Bas neutres. Elle cacha des combattants blessés britanniques et français, de même que des civils belges et français, et leur obtint des faux papiers et de l’argent pour atteindre la frontière néerlandaise. Ce faisant, Cavell violait la loi martiale allemande. Les autorités devinrent de plus en plus défiantes à son égard et son franc-parler n’arrangea rien. Elle fut arrêtée le 3 août 1915, trahie par Georges Gaston Quien. Elle resta en prison pendant dix semaines, dont les deux dernières à l’isolement. Elle reconnut avoir aidé 60 soldats britanniques et une centaine de civils français et belges – qu’elle hébergea pour la plupart sous son toit – à passer la frontière. Cavell déclara que les soldats qu’elle avait aidés la remerciait en lui écrivant lorsqu’ils arrivaient en Grande-Bretagne sains et saufs. Cette confession confirma qu’elle avait bien eu un rôle central, aidant les soldats non seulement à gagner la frontière hollandaise, mais également à s’échapper d’un pays en guerre contre l’Allemagne. La princesse Marie de Croÿ faisait partie de ses coaccusés, pour avoir fourni les faux papiers.

Cavell encourait la peine de mort, selon la loi martiale allemande. Elle fut accusée d’avoir « fait passer des troupes chez l’ennemi », un crime passible de prison à vie en temps de paix, mais elle fut aussi accusée de haute trahison, bien qu’elle ne fût pas de nationalité allemande, en tant qu’étrangère « présente sur un territoire en guerre ». Quand bien même la première convention de Genève garantissait la protection du personnel médical, cette protection était déclarée nulle si elle servait de couverture à des manœuvres hostiles.

Le baron von der Lancken, le gouverneur civil, estimait que Cavell méritait d’être graciée, parce qu’elle était complètement honnête et qu’elle avait sauvé de nombreuses de vies, chez les alliés comme chez les Allemands. Cependant, le général von Sauberzweig, le gouverneur militaire de Bruxelles, ordonna, dans l’« intérêt de l’État », que la condamnation à mort de Baucq et de Cavell soit mise en œuvre immédiatement, sans envisager une quelconque clémence. Sur les 27 accusés, cinq furent condamnés à mort mais seuls Cavell et Baucq furent exécutés.

Cavell n’avait pas été arrêtée pour espionnage mais, en 2015, le MI5 mit au jour dans les archives militaires belges des documents qui indiquaient qu’elle avait eu des liens avec les renseignements britanniques, ce dont elle ne chercha pas à se défendre pendant son procès.

La nuit précédant son exécution, elle confia au révérend venu lui parler : « Je suis reconnaissante d’avoir eu ces dix semaines de calme pour me préparer. Ce temps est maintenant écoulé et, ici, on m’aura bien traitée. J’ai attendu mon verdict et je crois qu’il est juste. Maintenant que je me tiens devant Dieu et l’éternité, je me rends compte que le patriotisme ne suffit pas ; je dois n’avoir aucune haine ou amertume envers qui que ce soit. »

Un peloton d’exécution composé de huit hommes la fusilla le 12 octobre 1915, à 7 h du matin. Après la guerre, le corps d’Edith Cavell fut rapatrié en Grande-Bretagne pour un service funèbre à l’abbaye de Westminster. Tout comme l’invasion de la Belgique et le torpillage du Lusitana, l’exécution de Cavell fut largement relayée en Amérique du Nord pour encourager les États-Unis à entrer en guerre. Cavell devint la plus célèbre femme britannique victime de la Première Guerre mondiale. En janvier 1916, conscient que sa réputation était en jeu, le Kaiser décréta que, dorénavant, nulle femme n’encourrait la peine capitale sans son accord explicite préalable.